[Coulisses du domaine skiable] Comment dame-t-on les pistes à Valloire ?

4 avr

Photo: Guillaume Chéry-Naumont

Nous poursuivons notre tour des coulisses du domaine de Valloire, avec Guy Portallier, responsable du damage à Valloire. En piste !

Q : Présentez-vous en 15 secondes top chrono !
G.P. : Je m’appelle Guy Portallier, j’ai 43 ans, je suis responsable du damage à Valloire depuis 3 ans. J’ai commencé ma carrière à Valloire lorsque j’avais 18 ans, en tant que perchman. Je suis ensuite devenu chauffeur-dameur en 1990 et je suis responsable du damage depuis 2008.



Q : Combien de personnes travaillent avec vous ?
G.P.: Je travaille en binôme avec Claude-Etienne Savoye, responsable du garage et des travaux d’été. L’un remplace l’autre en cas d’absence ou de congé.

En hiver, nous sommes une équipe de 15 personnes : 11 chauffeurs, 2 mécanos, Claude-Etienne et moi-même. 2 équipes de 3 personnes assurent le damage et une équipe de 2 personnes tourne pour les remplacer lors des journées de congé. Nous avons aussi 3 chauffeurs qui conduisent les deux machines à treuil. Nous assurons le damage des pistes, mais nous répondons aussi aux diverses demandes que l’on peut avoir. Par exemple, en ce moment, nous transportons des petits chalets qui seront utilisés pour le Challenge des Moniteurs.

En été, nous sommes 8 : 5 chauffeurs, 1 mécano, Claude-Etienne et moi-même. Nous préparons les pistes pour l’hiver. Nous faisons les terrassements nécessaires qui nous permettront d’économiser de la neige de culture en hiver. Nous faisons aussi un peu de transport, notamment pour transporter le fumier des agriculteurs du coin.

Q : Comment êtes-vous arrivé à ce poste de dameur ?
G.P.: J’étais chauffeur de camion dans les Travaux Publics en été. Lorsque j’ai su qu’il y avait une place de dameur, j’ai postulé. C’est comme ça que j’ai été pris et que je suis devenu responsable quelques années plus tard.

Q : Avez-vous suivi une formation particulière ?
G.P.: Non, je n’ai pas suivi de formation particulière. C’est un métier qui s’apprend sur le terrain. J’ai eu mon habilitation pour conduire les chenillettes / engins de damage. Cette habilitation se passe une fois avec le SNTF (NDLR : DSF maintenant).

Q : Quelles qualités doit avoir un dameur ?
Guy Portallier : Il faut de la patience, chose que tous les chauffeurs n’ont pas forcément. Il faut aussi aimer travailler la nuit. Je dirais également qu’il faut être passionné par le métier. C’est la passion qui fait la différence. Un chauffeur passionné fera des choses exceptionnelles alors que celui qui le fait pour avoir les journées libres produira un travail moins bon.

Q : Quelle est la plus grosse difficulté de votre métier ?
G.P.: Les horaires sont difficiles par rapport à la vie de famille. Une autre difficulté vient de la météo. Nos horaires de travail changent en fonction de la météo. S’il fait beau, nous travaillons le soir et s’il neige, nous travaillons le matin. Il faut savoir s’adapter aux horaires décalés.

Q : Vous êtes-vous fait peur en damant une piste raide ?
G.P.: Nous avons tous eu une appréhension au début, lorsqu’il y a de la pente. C’est l’histoire d’une ou deux fois, et puis cette appréhension disparait. Par exemple, nous avons un jeune qui devrait commencer à travailler avec nous l’année prochaine. Il vient avec nous depuis qu’il a 8 ou 10 ans. Je sais d’avance que lui n’aura pas peur. En revanche, une personne non habituée, qui ne connait ni l’adhérence ni les réactions de la dameuse, sera forcément angoissée en haut de sa première pente un peu raide.



Q : A quoi ressemble la journée (ou nuit) type d’un dameur ?
G.P.: Quand il fait beau, nous commençons la journée à 16h30. Nous allons au garage, ou à l’endroit où est garée la machine. Nous faisons une révision de celle-ci : vérification du niveau d’huile, de l’état de la chenille, etc. Ensuite, nous partons damer les pistes en fonction des directives données par les responsables de secteur. Il faut savoir que l’intégralité des pistes vertes et bleues sont damées tous les jours. Les pistes rouges, elles, ne le sont pas. Elles le sont parfois un jour sur deux ou lorsque l’état de la piste le nécessite. En ce qui concerne les pistes noires, nous ne les damons généralement qu’une fois par semaine le week-end. Nous laissons les bosses se former pour satisfaire ceux qui aiment skier ce genre de terrain. Plus on avance dans la semaine, plus les pistes noires sont difficiles, ce qui permet aux skieurs d’évoluer au fur et à mesure de leur séjour. La journée de damage se termine aux alentours de minuit, après avoir nettoyé et retiré la neige de la machine.

Lorsqu’il neige, nous arrivons pour 3 – 4 h du matin, et devons avoir quitté les pistes pour 9h00, soit l’ouverture des pistes.

Q : Comment vous répartissez-vous les zones à damer ?
G.P.: Une équipe est responsable de son secteur. Tous les chauffeurs sont capables de travailler sur tous les secteurs, sauf pour les pistes qui sont damées à l’aide d’une machine à treuil. Depuis que nous avons ce genre de dameuse, nous montons davantage la neige au lieu de la faire descendre, ce qui évite que les cailloux ne sortent, comme c’était le cas auparavant.

Q : Est-ce que le damage est identique quelque soit la piste, la saison, la pente, la température extérieure ?
G.P.: Il faut savoir que nous ne travaillons pas la neige de la même façon selon la période à laquelle nous nous trouvons. En janvier, par exemple, nous pouvons brasser la neige davantage car elle restera froide malgré tout. En revanche, en ce moment, nous évitons de trop la faire remonter car, en faisant cela, nous la réchaufferions ce qui la ferait fondre encore plus vite.

Q : La neige n’est pas tombée en abondance cette année, comment s’est passé la saison pour les dameurs ? Quels enseignements avez-vous tiré de cette saison particulière ?
G.P.: Nous avons fait beaucoup de travaux d’été pour éviter des mouvements de terrain trop importants. Nous avons apporté la neige depuis le bord de pistes sur les pistes. Globalement, ce manque de neige, nous a demandé plus de travail afin de mieux préparer la fin de saison, mais quoiqu’il en soit, nous avons toujours plus de travail à la fin qu’au début de la saison.

Q : Quelle est la question que je ne vous ai pas posée et que vous auriez aimé que je vous pose ?
G.P.: La question de la reconnaissance des clients. Elle a beaucoup évolué ces dernières années. Auparavant, les skieurs se moquaient bien de savoir comment la neige était travaillée, du moment qu’ils pouvaient skier. Cette tendance a changé. Cette année, nous avons eu de meilleures notes qu’avant dans les enquêtes de satisfaction clients. Ils se rendent bien compte que malgré le manque de neige, ils trouvent une très bonne neige et je dirais même une excellente neige ! Ce qu’il faut faire c’est venir faire un tour en dameuse pour se rendre compte du travail que cela représente !

Le rendez-vous est pris !

Merci Guy !

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