[Coulisses du domaine skiable] Comment fabrique-t-on la neige à Valloire ?

31 mar

Nous vous avions promis de tout vous dire des coulisses du domaine skiable, et avons commencé avec Loïc Messier, responsable du Snowpark. Aujourd’hui, Jacques Viallet nous fait découvrir le métier de Snowmaker !



Q  : Présentez vous en en 15 secondes chrono !
Jacques Viallet : Je m’appelle Jacques Viallet, j’ai 54 ans, et je suis responsable de la neige de culture à Valloire depuis 20 ans, ce qui correspond à la date de création de l’usine à neige ici. Je fabrique de la neige depuis 30 ans.

Q : Qui sont les autres membres de l’équipe de fabrication de la neige de culture ?
Jacques Viallet : Nous sommes une équipe de 3 personnes, complétées par 2 saisonniers pendant la période de production de la neige de culture, en novembre et en décembre.

Yves fait de la neige avec moi depuis 10 ans, c’est mon adjoint. Je l’ai formé et il me remplace lorsque je suis absent. Florent, c’est un jeune que l’on a formé l’an dernier. Il a débuté chez nous en alternance et nous l’avons gardé. Il vient de faire sa première saison avec nous en tant que professionnel.


Q : Comment êtes-vous arrivé à ce poste de responsable Snowmaker ?
Jacques Viallet : C’est un peu compliqué ! A la base, j’ai une formation de chaudronnier – soudeur. Après l’armée, j’ai décidé de reprendre mes études pour devenir métreur, suite à quoi j’ai pris une année sabbatique. J’avais envie de skier et c’est pour cette raison que je suis venu à Valloire pour occuper un poste de perchman. De fil en aiguille, je suis devenu soudeur puis mécanicien des remontées mécaniques. Lorsque les premiers enneigeurs ont fait leur apparition à Valloire, beaucoup de monde voulait s’en occuper, mais peu d’entre eux résistaient plus d’une semaine à ce poste. C’est dans ce contexte que j’ai été désigné pour m’occuper de la neige de culture. Je suis devenu responsable de la première usine à neige de Valloire qui comptait 64 enneigeurs. J’ai suivi l’évolution de la neige de culture depuis ses balbutiements jusqu’à aujourd’hui.

Q : Avez-vous suivi une formation particulière ?
Jacques Viallet : Comme je vous l’expliquais, je suis devenu responsable de la neige de culture par un concours de circonstances. Je n’ai suivi aucune formation, j’ai appris mon métier sur le terrain.

Q : Quelles qualités doit avoir un Snowmaker ?
Jacques Viallet : Il faut d’abord être célibataire ! (rires) Je plaisante, mais il est vrai que je passe plus de temps sur le terrain qu’à la maison. Il faut faire preuve d’une grande disponibilité, surtout au moment de la production de la neige de culture.

Il faut aimer les responsabilités, car c’est toute une économie qui dépend de la neige : les hébergeurs, les commerçants, etc. Quand la neige est là, ça se passe bien, mais lorsque ce n’est pas le cas, je vous garantis que je longe les murs.

Q : Quelle est la plus grosse difficulté de votre métier ?
Jacques Viallet : La plus grosse difficulté est de se conformer à la règlementation des droits de l’eau. Nous avons droit à un certain volume d’eau, qui n’augmente pas au fur et à mesure des années, contrairement au domaine skiable qui, lui, s’étend peu à peu. Nous avons des difficultés pour assurer un enneigement tout en respectant cette règlementation, ce que tout le monde ne comprend pas forcément.

Une autre difficulté importante concerne le stress et en particulier au mois de novembre et décembre. Je dois assurer un enneigement le plus rapidement possible, faute de quoi nous sommes obligés de casser les prix des forfaits en début de saison, ce qui crée un manque à gagner important pour la station.

J’ajouterais aussi qu’une des difficultés de notre métier est le travail dans le froid et la nuit. Personnellement, je passe beaucoup de temps au chaud, derrière mon ordinateur, mais il est vrai que ce n’est pas évident pour les jeunes de travailler dehors en pleine nuit avec des températures de -20°C ou -25°C !

Q : A quoi ressemble une journée type de Snowmaker ?
Jacques Viallet : Nous démarrons le travail à midi. Nous commençons toujours par regarder la météo du soir, puis nous passons au bureau pour vérifier si de nouveaux objectifs sont tombés. Il pourrait y avoir une course ou autre chose qui nécessiterait un enneigement particulier. Vers 19h30, nous allons à l’usine pour démarrer les machines, compresseurs, pompes, etc. Ensuite, nous partons sur le terrain faire des contrôles pendant 3 à 4 heures. Nous vérifions que les enneigeurs crachent bien de la neige et non pas de l’eau, que le vent ne décale pas notre production en dehors des pistes et que la neige est la plus froide possible pour être agréable à skier. Lorsque l’équipe de contrôle revient, nous faisons un point et poussons les machines à 100%. Nous prévenons les dameurs de façon à ce qu’ils puissent s’organiser pour étaler la neige et éviter les amas au milieu des pistes. Nous rentrons enfin chez nous, aux alentours de minuit.

Les enneigeurs sont programmés pour s’arrêter et démarrer automatiquement.

J’ai un système d’alarme à domicile qui se déclenche s’il y a un problème. Si cette alarme se met en route, je vérifie la panne sur l’ordinateur de contrôle que j’ai à domicile. Si je dois intervenir, j’appelle un collègue pour y aller ensemble. Nous n’allons jamais sur place seul pour éviter tout accident. Si la panne est importante, nous pouvons en avoir pour le reste de la nuit, sinon cela ne prend quelques heures.

L’autre équipe prend le relai à 7h00 du matin, avant la fin de la production prévue à 8h00. Ils font ensuite une analyse de la nuit, minute par minute et les réparations nécessaires.

Q : Racontez-nous comment est fabriquée la neige de culture ? (température, choix des lieux, etc.)
Jacques Viallet : Nous avons un plan d’actions avec des pistes prioritaires, qui est dicté par ma direction. Mon premier objectif est de faire en sorte qu’il y ait suffisamment de neige pour que les pistes relient les remontées mécaniques entre elles, tout en donnant la priorité aux pistes débutant. Dans le métier, nous appelons cela assurer l’ouverture commerciale. Mon deuxième objectif est de fabriquer une certaine quantité de neige par enneigeur de façon à terminer la saison avec de la neige sur ces mêmes pistes qui permettent de relier les remontées mécaniques entre elles.

Ensuite la production dépend de la température et du vent. Nous évitons de produire à des températures supérieures à -4°C parce que les coûts seraient beaucoup trop élevés. Nous prenons en compte aussi le taux d’humidité de l’air. S’il y a plus de 100 km/h de vent, nous ne produisons pas de neige de culture. Nous ne voulons pas produire pour les voisins !


Q : La neige n’est pas tombée en abondance cette année, comment s’est passé la saison pour les Snowmaker ? Quels enseignements avez-vous tiré de cette saison particulière ?

Jacques Viallet : Cette année, il a fait froid, ce qui a été une aubaine pour nous puisque nous avons pu produire la neige qui n’est pas tombée. Par contre, nous n’avons plus d’eau ! Nous avons atteint nos objectifs de production mi-janvier. Maintenant, nous attendons de voir s’il y aura assez de neige pour terminer la saison. Si ce n’est pas le cas, nous nous poserons des questions. C’est encore tôt pour tirer toutes les conclusions.

Q : Quelle est la question que je ne vous ai pas posée et que vous auriez aimé que je vous pose ?
Jacques Viallet : Est-ce que vous considérez que votre métier est pénible ? Oui il est très pénible, mais il me plait parce que j’aime bien travailler avec des challenges. Chaque année est un nouveau défi et c’est ce qui me stimule, même si c’est épuisant par moment.

Merci Jacques !

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