14 avr 2011
Photo: Guillaume Chery-Naumont
Vous les avez sans doute déjà vus voler au secours des blessés, remettre une banderole ou un jalon… Vous l’avez bien compris, aujourd’hui, nous vous emmenons à la rencontre des pisteurs secouristes de Valloire, une équipe menée par Jean Dalbon, passionné par son métier.

Q : Présentez-vous en 15 sec top chrono !
J.D: Je m’appelle Jean Dalbon, je suis marié, j’ai 2 filles. J’ai 32 ans de service à Valloire, où je suis responsable de la sécurité des pistes depuis 5 ans, suppléant de Monsieur Debroux François directeur de site.
Q : Combien de personnes travaillent avec vous ?
J.D: En ce moment, 18 pisteurs-secouristes travaillent avec moi : 11 ont leur premier niveau de pisteur-secouriste et 7 ont leur second degré. Parmi eux, 9 artificiers s’occupent du déclenchement des avalanches, 5 nivo-météo étudient le manteau neigeux et 3 sont chefs de secteur. Notre équipe est complétée par 2 régulatrices, qui coordonnent les secours et par une personne qui gère les sentiers raquette et les igloos. Je m’occupe aussi du Snowpark, géré par Loïc Messier.
Q : Comment êtes-vous arrivé à ce poste de responsable de la sécurité des pistes ?
J.D: Je suis originaire de St Michel de Maurienne. Dès l’âge de 16 ans, j’ai passé mes diplômes de secouriste. Je suis rentré à la Croix Rouge de St Michel de Maurienne, avant de travailler à l’usine, mais je me suis rendu compte que ce n’était pas fait pour moi. Je voyais les montagnes qui m’entouraient et je n’ai pas pu résister à l’appel de celles-ci. C’est comme ça que j’ai décidé de passer mon diplôme de pisteur-secouriste, en 1979. J’ai ensuite été embauché à Valloire en tant que pisteur-secouriste. Dans les années 90, j’ai passé le deuxième niveau de pisteur-secouriste, qui m’a permis d’accéder au poste de chef de secteur. Depuis 5 ans, je suis responsable de la sécurité des pistes.
Q : Avez-vous suivi une formation particulière ?
J.D: Comme je vous le disais, j’ai passé les formations PSE (Premier Secours en Equipe), puis je me suis inscrit au test technique des pisteurs-secouristes. Une fois ce test validé, j’ai effectué un stage de 3 semaines dans une station. A l’issue de ce stage, j’ai passé mon examen, et obtenu mon diplôme de pisteur secouriste. Aujourd’hui, il faut avoir exercé pendant 3 ans son métier de pisteur secouriste pour passer une spécialité d’artificier, nivo-météo, maître-chien avalanche, ou son monitorat de secourisme. Chaque pisteur a la possibilité de passer des qualifications complémentaires tout au long de sa carrière. Suivant les demandes et en accord avec la direction, nous envoyons les pisteurs-secouristes à l’ENSA (Ecole Nationale de Ski et Alpinisme) pour passer une spécialité qui leur permettra d’accéder à un poste à responsabilité, ou de remplacement de chef de secteur.
Q : Quelles qualités doit avoir un pisteur-secouriste ?
J.D: Il faut être en très bonne forme physique, très bon skieur, avoir une réelle conscience des dangers. Il faut aussi aimer le relationnel, car nous sommes en contact direct avec la clientèle.
Q : Quelle est la plus grosse difficulté de votre métier ?
J.D: La première difficulté, c’est de gérer les gros secours sur piste ou en avalanche. Nous devons faire face à des situations pas toujours évidentes. Nous faisons notre maximum pour venir en aide aux blessés. Une autre difficulté est de trouver les solutions qui permettront de limiter les secours aux endroits connus pour leur nombre important d’accidents.
Q : A quoi ressemble la journée type d’un pisteur-secouriste ?
J.D: Nous commençons notre journée par l’ouverture des pistes. Nous vérifions que rien n’a bougé pendant la nuit et améliorons la sécurisation à certains endroits. Le pisteur-secouriste ferme éventuellement les pistes jugées dangereuses.
Il y a en permanence 2 pisteurs-secouristes sur les points hauts, pendant que les autres passent sur les pistes pour en assurer le contrôle et l’entretien. Ils enlèvent les cailloux, remettent les banderoles, les jalons, etc. A la fin de la journée, les pisteurs donnent l’état des pistes à leur chef de secteur afin qu’il contacte le chef de secteur damage. Ce dernier pourra prévoir le damage en fonction des informations qui lui auront été transmises.
Les pisteurs-secouristes terminent leur journée par la fermeture des pistes. Ils communiquent auprès des chefs de secteur les éventuels changements qui seraient apparus, enlèvent tout ce qui pourrait gêner le damage, et s’assurent qu’il ne reste pas un skieur sur les pistes. Il y a toujours un pisteur qui reste de permanence pendant ce temps, pour intervenir au cas où il y aurait un blessé de dernière minute.

Q : Quelles recommandations voudriez-vous faire aux skieurs et snowboarders ?
J.D: Je trouve qu’il n’y a pas assez de personnes qui portent le casque. Le casque devrait faire partie intégrante du ski. Beaucoup d’enfants et d’étrangers sont casqués, mais l’adulte français reste têtu. Les pistes sont trop bien entretenues, ce sont des boulevards. Les skis sont de plus en plus performants. Tout ceci fait que le skieur se sent en confiance, va plus vite, mais sans aucune maîtrise de sa vitesse. Cette année, les pistes sont dures et nous avons eu beaucoup de traumatismes crâniens.
Les pisteurs-secouristes de Valloire ont tous un casque à disposition. Son port n’est pas obligatoire mais fortement conseillé. Même si tous ne le mettent pas, il y a du progrès car la plupart l’ont sur la tête. Le service des pistes montre l’exemple.
Une autre recommandation que je souhaiterais faire, c’est que les gens respectent les règles de comportement sur les pistes. Ils n’adaptent pas leur vitesse en fonction de la piste sur laquelle ils évoluent. Ils vont beaucoup trop vite sur les pistes vertes et bleues. Un jour, nous serons obligés de polluer le paysage avec des panneaux pour leur rappeler de ne pas aller trop vite.
Enfin, j’aimerais que les gens tiennent compte des recommandations que nous leur faisons lorsqu’ils viennent nous demander conseil avant de s’engager en hors-pistes. Il n’y a pas si longtemps, quelqu’un est venu nous demander notre avis sur l’état du manteau neigeux. Le pisteur-secouriste lui a fortement déconseillé de s’aventurer en hors-piste, chose qu’il a faite. Nous sommes allés les chercher quelques heures plus tard dans une avalanche. Heureusement, il y a plus de peur que de mal.
Q : La neige n’est pas tombée en abondance cette année, comment s’est passé la saison pour les pisteurs-secouristes ? Quels enseignements avez-vous tiré de cette saison particulière ?
J.D: Cette année, nous avons fait de gros secours, à cause d’un manteau neigeux trop dur. Nous avons eu beaucoup de fractures et de traumatisme crâniens. Nous avons eu un peu plus de blessés cette année, par rapport à l’an dernier : 526 évacuations en 2011 contre 518 en 2010. Par contre, le nombre de collision a considérablement augmenté. Nous avons eu 47 collisions en 2011 contre 26 en 2010. Cette augmentation est due au manque de neige. Les collisions ont principalement lieu lorsque le trafic est fluide, notamment le samedi. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, en période de trafic dense, vacances de février par exemple, nous n’avons eu qu’une seule collision.
En termes d’enseignements à tirer de cette saison, nous avons toujours des endroits plus propices aux accidents que d’autres, et ces points feront partie du plan d’améliorations à apporter pour l’année à venir.
Q : Que fait un pisteur-secouriste en été ?
J.D: Ils sont tous saisonniers. Beaucoup d’entre eux sont artisans en été. De plus en plus de jeunes sont accompagnateurs moyenne montagne. Il y a aussi 3 maîtres-nageurs. La plupart travaillent en plein air, ils sont dans la nature toute l’année. En ce qui me concerne, j’ai une petite entreprise de peinture.
Q : Quelle est la question que je ne vous ai pas posée et que vous auriez aimé que je vous pose ?
J.D: Aimez-vous votre métier ? Oui, j’adore mon métier. On ne devient pas pisteur-secouriste du jour au lendemain, sur un coup de tête. Il faut aimer ce métier et la montagne, sinon on ne peut pas être un bon pisteur-secouriste.
C’est vraiment un beau métier, il faut être né pour ça. Vous devriez venir nous rendre visite sur place pour vous rendre compte !
Le rendez-vous est pris !
Merci Jean !
